La part de Dieu, des hommes et la santé au Honduras
par Andréanne Patenaude, stagiaire QSF

Je me souviens de l´un des premiers contrôles prénataux auquel j´ai assisté à l´hôpital de San Lorenzo. Devant moi était assise une enfant de douze ans. Mon regard était fixé sur sa ronde bedaine. Même avec cet être de six mois dans son ventre le poids de la jeune fille n´atteignait pas la centaine de livres. Je m´imaginais à la place de cette mère-enfant et l´idée me troublait. Elle avait l´âge que j´avais quand fleurissaient mes premières amours, mais elle, elle se préparait à donner naissance à un amour tout autre. D´être confrontée à cette réalité hondurienne a bouleversé mes conceptions. J´avais l´impression de vivre dans une illusion. Les idées incrustées en moi sur l´âge normal pour devenir mère et les nouvelles réflexions qui découlaient de cette grande rencontre se chamaillaient dans mon esprit. Mais ici, être enceinte et adolescente n´est pas systématiquement synonyme d´échec; pour plusieurs, c´est simplement de commencer plus tôt l´œuvre d´une vie, de cueillir l´amour quand il se présente.

L´éducation sexuelle n´est pas donnée dans les écoles; plusieurs partagent la triste conception que d´aborder le sujet avec les jeunes reviendrait à leur proposer l´idée. Le manque d´éducation et d´informations de la population générale sur la santé, la sexualité, les maladies et l´hygiène est d´ailleurs un aspect qui ressort de mon expérience hondurienne. Sans les connaissances de base et sans les conseils de professionnels, certains pièges peuvent devenir inévitables. La femme qui n´est pas informée de l´importance capitale de ses contrôles prénataux ne prendra pas le temps et l´énergie de se déplacer jusqu´au centre de santé le plus près. Pourtant, parfois l´examen aurait permis d´éviter que le cordon ombilical, tel une vilaine vipère, s´enroule autour du cou du bébé et lui soutire la vie avant qu´il ne voie le jour.

Une autre source de problème est l´absence presque complète de prévention. Dans le milieu de la maternité, par exemple, celle-ci prend davantage la forme de postvention. Effectivement, plusieurs femmes entendent parler pour la première fois de moyen de contraception, appelés moyen de planification familiale, entre deux contractions. On veut leur faire comprendre, un peu tard, qu´être enceinte est un choix qui doit être réfléchi et planifié. Mais, dans cette société où l´homme détient le pouvoir de décision et Dieu les clés du destin, la femme vie souvent dans l´ignorance de ses droits.

La chance, que l´on appelle ici plus souvent Dieu, a un poids immense dans la balance de la vie et de la mort. Les pluies torrentielles qui abiment les routes et les ponts décident du chemin que prendra la vie. La science n´est pas toujours efficace, car parfois, elle ne se rend pas jusqu´au sommet des montagnes. Alors, les gens préfèrent s´en remettre à Dieu, lui qui est partout. Peu importe la tournure des événements, Dieu l´aura voulu ainsi pour le meilleur de tous.

Pour une jeune Québécoise, fraichement débarquée sur cette terre étrangère, le premier contact avec le système de santé hondurien ébranle. Ce système me semble battre au rythme du pays; trop souvent chaotique et d’une lenteur désemparante. Mais, je sais qu´il y a des gens qui œuvrent à faire bouger les choses au Honduras.


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