L’apprentissage d’un savoir-faire et d’un savoir-être dans un environnement champêtre
par Geneviève Ayotte

Le printemps s’installe une fois de plus à la Ferme Berthe-Rousseau amenant de la belle visite, en plus de la vie qui s’éveille et fourmille déjà dehors. Encore cette année, nous nous sommes associés à notre ami et voisin Denis pour faire les sucres. Pour nous, les sucres c’est bien sûr du sirop rempli de goût et de valeur. C’est aussi une belle petite cabane où on bouille fréquemment, c’est Bill, le cheval, qui travaille fort pour tirer ses joyeux passagers et les bidons d’eau d’érable, c’est beaucoup de bois, des habiletés de résolution de problèmes, du travail d’équipe de qualité et finalement tout plein de gens qui partagent un enthousiasme et parfois même une folie commune. En plus des gens de la ferme, mentionnons la participation de mon père Richard, Jean-David le joyeux voyageur suisse, nos Jacques et Céline préférés, nos voisins généreux et musiciens surdoués, notre chère Manon avec ses contes, le groupe du Tremplin (un organisme de Sherbrooke) etc. Tous partagent la fierté de garder vivantes nos traditions et notre savoir, en plus d’apprécier une bonne palette de tire. Encore ce matin, Jean-Philippe (résidant ici) et moi, nous nous préparons à partir pour récolter et bouillir. Après un partage touchant à la réunion, Jean-Philippe affirme qu’ « on va être bien dans le bois! » Ça aussi ça donne du sens au fameux temps des sucres.

Parlant de produits de valeur qui ont du sens, notre amie Julie, de la municipalité de l’Avenir tout près d’ici, est à la tête d’un projet d’Éco-Marché virtuel. L’Éco-Marché vise à permettre aux gens du coin d’acheter des denrées locales. Nous y vendrons des courges, de l’ail et peut-être d’autres produits. Nous explorons aussi des moyens de transformer notre cassis. Dans le contexte où nous cherchons des manières d’obtenir une certaine autonomie financière, l’Éco-Marché arrive au bon moment. Lors de l’assemblée constitutionnelle de cette coopérative, nous avons découvert les petits producteurs du coin, des gens engagés et dynamiques qui donnent beaucoup de leur temps. Ils croient à une nourriture juste pour tous et pour les générations à venir.

Quant à la nourriture juste que nous produisons ici à la ferme, elle continue d’évoluer et de se diversifier. Nous nous lançons dans une troisième saison d'apiculture avec nos précieuses abeilles russes. Notre ami Perry supervise les six ruches qui seront en pleine production toute l'année pour la première fois. Nous nous attendons à au moins 500 livres de miel cette année, dont une bonne partie ira à la vente. Nous avons récemment fait l’achat d’un motoculteur afin de faciliter le travail dans les champs. De plus, les rénovations du haut de l’atelier progressent et tirent à leur fin, grâce à notre habile Laurent. Les groupes accueillis pourront en profiter très bientôt.
Cet hiver, un des rêves de Marie-Claude s’est réalisé lors d’un voyage « sac-à-dos » au Nicaragua. Dans de ce périple, elle, Martin et Laurent ont repoussé toujours un peu plus loin leurs limites. Comme toujours quand quelqu’un d’ici part en escapade, c’est toute la ferme qui voyage. Merci au trio.
Dans les derniers mois, plusieurs personnes sont passées par ici. Chacun nous enseigne quelque chose, tout en nous donnant l’occasion d’être un enseignant nous-mêmes. Soulignons le passage de Daniel, un jésuite en formation qui nous amène à voir le sacré dans le quotidien. Nous continuons de nous confronter mutuellement dans nos différences et dans nos ressemblances. Pour poursuivre une réflexion entamée par Laurent, nous nous voyons comme une forêt constituée d’arbres, tous différents, qui préfèrent recevoir la branche du voisin au visage de temps à autres que de pousser seul dans un champ.

Finalement, j’annonce officiellement qu’après un peu plus de 2 ans à la ferme (avec une interruption qui a duré 3 mois l’an dernier), je quitte mon poste de permanente au début mai. Je « déménage » dans ma yourte, tout près de la ferme. Je continuerai de faire partie de la famille d’une autre manière. Je suis extrêmement reconnaissante pour les acquis que j’emporte avec moi, pour les liens créés, pour l’inspiration cultivée. Il y a donc une place vacante au sein de l'équipe, souhaitant qu’une personne de qualité puisse en profiter et faire profiter la ferme de ce qu’elle est.

 

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