L’alphabétisation, un pas vers l’autonomie des femmes sénégalaises
par Mireille Doré, Projet 50+ automne 2009

À l’automne 2009, j’ai eu le plaisir de participer à un stage en alphabétisation auprès des femmes, dans deux villages situés à environ 7 km de Thiès, au Sénégal. Leur langue maternelle est le sérère, mais elles parlent aussi le wolof, langue commune des Sénégalais, alors que le français est la langue officielle de l’administration. Près de 50,4% des femmes sénégalaises sont analphabètes.
Ces femmes ont besoin du français pour lire les documents officiels qui leur parviennent du gouvernement, de l’école de leurs enfants, etc. En plus de travailler aux champs, plusieurs ont leur petit commerce sur la route. Elles font parfois affaire avec des acheteurs qui parlent français et elles souhaitent négocier le prix dans cette langue. Elles ont aussi besoin de notions de calcul pour faire le commerce.

À Keur N’Dioukoune, c’est un premier projet dans ce village. Lors de la rencontre de planification avec les responsables du projet et les futures participantes, on en arrive rapidement à un consensus. Il y aura deux classes par semaine de 15h30 à 17h30, afin de permettre aux femmes de faire leurs travaux aux champs, cueillette des arachides oblige. Une classe aura lieu à l’extérieur, sous le baobab, au cœur du village. L’autre groupe utilisera la chambre d’une maison. Environ douze femmes suivront ces cours, leur dernier-né accroché au dos, pour certaines. Je formerai en français alors que mon collègue s’occupera du calcul.

À Lalane, des classes de l’école primaire sont mises à notre disposition. Les formateurs sénégalais assistent à nos cours afin d’assurer la relève à notre départ. Le retour que nous faisons avec eux, immédiatement après le cours, nous permet d’ajuster les prochains cours selon les besoins. Ces discussions nous permettent aussi de comprendre nos approches de formation respectives. Il va sans dire que ces échanges nous furent mutuellement bénéfiques.
Plus je m’imprègne du quotidien de ces femmes, plus je me rapproche d’elles et de leurs besoins, et plus je me sens pertinente dans mon enseignement. Des mises en situations sur la famille, le marché, les repas, le travail aux champs, le commerce, un voyage en ville, un parent malade, la Tabaski (fête religieuse), sont autant d’occasions qui nous permettent d’échanger en français sur leurs conditions de vie, souvent difficiles. En deux mois, elles auront réussi à écrire certains mots usuels, mais aussi et surtout à acquérir la confiance en soi pour s’exprimer en français dans des situations simples de la vie quotidienne.

J’ai eu le privilège de rencontrer des femmes courageuses, belles, fières et déterminées à assumer leur autonomie. J’ose croire que j’ai fait une petite différence, non seulement pour les connaissances que je leur ai transmises mais aussi et surtout à cause de la complicité et de l’amitié que nous avons développées ensemble. Leurs rires résonnent encore dans ma tête. On ne met jamais un point final à une telle expérience humaine !

 

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